L’économie allemande, un moteur qui tourne au ralenti
« C’était un symbole, ce n’est plus un symbole », lance Victor, catégorique, à propos de l’employeur pour lequel il a travaillé ces 46 dernières années. Dans le froid humide de février, les centaines de travailleurs entrent et sortent de l’immense usine de Volkswagen à Baunatal, dans le nord-ouest de l’Allemagne. Un travailleur porte un masque de protection sur la chaîne de montage de Volkswagen. Photo : Reuters / POOL Faisant face à d’importants problèmes financiers et à une dette de 200 millions d’euros, Volkswagen, créée dans les années 1930 sous le régime nazi, puis devenue un symbole de la réussite économique allemande de l’après-guerre, a menacé l’an dernier de fermer trois de ses usines au pays. À Baunatal, par exemple, Volkswagen emploie 16 000 personnes, L'hôtelier Marcel Werner est très dépendant de la santé économique de Volkswagen. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair. Aujourd’hui, l’entrepreneur, comme les autres habitants de la région, souffle un peu. Après un mouvement de protestation et des négociations entre les syndicats, la direction de Volkswagen a reculé sur son projet de fermeture d'usines, mais la suppression de 35 000 postes, notamment par le biais de départs à la retraite, est prévue d’ici 2030. Le répit pourrait être de courte durée, prévient la retraitée Renate Müller, qui croit que les raisons qui expliquent les difficultés de Volkswagen, notamment la concurrence des voitures électriques chinoises, n’ont pas disparu. Selon elle, le constructeur ne produit plus de voitures Renate Müller, retraitée de Volkswagen, constate que les facteurs qui ont contribué aux difficultés du constructeur n'ont pas disparu. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair. Au-delà des problèmes internes liés à la gestion de la multinationale, les difficultés de Volkswagen sont le reflet du marasme économique qui caractérise aujourd’hui l’ensemble de l’économie allemande, croit le professeur de politiques économiques et d'innovation à l’Université de Kassel Guido Bunstorf. C’est symptomatique de l’Allemagne. Nous nous sommes habitués à ce que nous avions et nous n'avons pas assez envisagé l’avenir. En plus du manque d’innovation, l’expert rappelle que ces dernières décennies, les entreprises allemandes ont été très dépendantes de ventes sur le marché chinois et qu'elles ont eu accès à de l’énergie russe abordable. Le professeur de politiques économiques Guido Bünstorf croit que la situation de Volkwagen est symptomatique des difficultés économiques que connaît l'Allemagne. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair. Après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, les pays européens, dont l’Allemagne, ont grandement diminué leur approvisionnement en gaz vendu par la Russie, provoquant une augmentation des prix énergétique sur le continent. Comme ses voisins, l’Allemagne a aussi été frappée par une augmentation marquée de l’inflation qui a atteint un sommet de 8,8 % en octobre et novembre 2022. Aujourd’hui, l’inflation a reculé à 2,3 % et les coûts de l’énergie ont baissé, mais bien des Allemands en subissent toujours les contrecoups. Lors de leur duel télévisé, les deux principaux candidats au poste de chancelier, le dirigeant social-démocrate sortant Olaf Scholz et le conservateur Friedrich Merz, se sont accusés mutuellement d’être responsables de la situation économique dans laquelle se trouvait le pays. Évoquant la possibilité que l’Allemagne se trouve en récession pour une troisième année consécutive, une première, M. Merz, le favori de la course, a critiqué la gestion de la coalition dirigée par Olaf Scholz au cours des trois dernières années. Le chancelier Olaf Scholz (SPD) se tient à côté de Friedrich Merz, candidat de l'Union au poste de chancelier et président fédéral de la CDU avant le duel télévisé entre ARD et ZDF le 9 février 2025, à Berlin. Photo : Getty Images Le chancelier s’est défendu en soulignant que même à 6,4 %, un sommet en 10 ans, le taux de chômage restait l'un des plus faibles parmi les pays du G7. Olaf Scholz a par ailleurs critiqué la CDU, le parti conservateur que dirige Friedrich Merz, en disant qu'elle n'en avait assez fait lors de ses quelque 15 ans au pouvoir pour rendre l’Allemagne plus indépendante de l’énergie russe. Le groupe Volkswagen a finalement reculé sur son plan de fermeture d'usines en Allemagne, mais procédera à des suppressions. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair. Devant l’usine de Baunatal, la retraitée Renate Müller, qui milite pourtant contre l’AfD, en vient au même constat. Chose certaine, les difficultés économiques s’imposent dans cette campagne électorale. Un thème improbable dans un pays qui a la réputation d’être le moteur de l’Europe. En ce moment, c’est synonyme de beaucoup de problèmes
, répond à la hâte un employé sur le point d’entamer son quart de travail lorsqu'on lui demande ce que le constructeur automobile représentait pour lui.
Destruction, catastrophe
: voilà des mots qui viennent à l’esprit de Renate Müller, retraitée de Volkswagen lorsqu’elle évoque ce plan de fermeture d'usines. Cette femme, qui a travaillé pendant quatre décennies pour le constructeur, rappelle que des compressions d’une telle ampleur auraient des conséquences bien au-delà des simples usines de production.mais 80 000 personnes dépendent des revenus de ces 16 000 employés
, précise Renate Müller. Volkswagen est en quelque sorte mon employeur
, affirme Marcel Werner, propriétaire de l’hôtel Sirocco, nommé en l’honneur d’un ancien modèle de Volkswagen. Une proportion de 80 % de ses clients sont des employés de l’usine qui se trouve à quelques kilomètres de son établissement.
qui ont le bon format, le bon prix, que les gens peuvent se payer
. Ils n’ont pas mis assez d’efforts sur le virage électrique
, ajoute-t-elle.
Toute une économie qui tourne au ralenti
Toutes ces choses ont changé, et l’Allemagne n’était pas très bien préparée pour ces changements
, précise-t-il.
Je gagne 1800 euros [2675 $] par mois et je n’arrive pas à subvenir aux besoins de mes enfants
, confie Sabrina, une infirmière pédiatrique rencontrée à la sortie d’un centre de distribution alimentaire de la ville de Kassel.À qui profitera le désenchantement?

L’économie est catastrophique, c’est comme si l’Allemagne n’avait rien appris en matière d’économie
, déclare Volker Richter, un député régional de l’AfD, le parti d’extrême droite, qui montre du doigt les partis traditionnels, de droite et de gauche, pour la situation dans laquelle se trouve le pays. Les gens ont des prêts, des maisons, ils sont inquiets
, ajoute l’élu dont le parti, crédité pour la première fois de l’histoire d’environ 20 % dans les sondages, mise énormément sur les questions migratoires, mais aussi sur le désenchantement de la population quant au contexte économique.
Les gens sont inquiets
, dit-elle.
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